Le 11 décembre 2008 ont eu lieu les premières Assises de l’insertion professionnelle des jeunes urbanistes, organisées par la société française des urbanistes (SFU), en collaboration avec l’université Paris Sorbonne (Paris IV) et l’association Urba+.
Les objectifs de cette manifestation étaient les suivants :
faire un état des lieux sur les débouchés professionnels et sur la dynamique de l’emploi dans le champ de l’urbanisme, de l’aménagement et du développement territorial ;
établir un diagnostic sur la reconfiguration du champ professionnel ;
mettre en évidence l’évolution des métiers et des compétences ;
promouvoir la qualification Urbaniste délivrée par l’OPQU auprès des jeunes urbanistes ainsi que des actions de parrainage en lien avec l’université ;
produire du décloisonnement entre les différents acteurs (formateurs, praticiens, instances professionnelles, associations d’étudiants et de diplômés).
Cet évènement fut notamment l’occasion de présenter les résultats d’une enquête sur l’insertion professionnelle de 228 diplômés issus des instituts d’urbanisme et formations supérieures en aménagement du réseau de l’APERAU, conduite par la SFU et l’association Urba+.
> Voir les résultats en téléchargeant le support visuel diffusé lors de la journée : http://www.urbaplus.org/IMG/pdf/Presentation_ASSISES2008_Result_EnqueteSFU_IUP.pdf
Elles ont réunis plus de 200 participants.
Cette étude avait pour objectif de dégager des enseignements sur le devenir des jeunes diplômés. La profession d’urbaniste offre-t-elle de réels débouchés ? Outre le fait que les résultats de l’enquête soulignent une certaine féminisation de la profession (66%), il apparaît que celle-ci peut s’exercer aussi bien dans le cadre privé que public, voire parapublic. Le métier d’urbaniste offre en effet des statuts diversifiés (libéral, salarié privé, ingénieur territorial…) et recouvre différents champs d’activités (études, conseil, maîtrise d’ouvrage, presse écrite…). Les urbanistes présents à la table ronde l’ont d’ailleurs fort bien illustré.
Comme le souligne Anne BOUCHE FLORIN, membre du Conseil d’Administration de l’Office Professionnel de Qualification des Urbanistes (OPQU), « le profil de l’urbanisme s’est enrichi de toutes les sciences humaines et ne se limite pas comme à ses débuts à l’architecture ».
Danièle VIGIER, responsable du projet de territoire et des études générales, communauté d’agglomération de Plaine Commune (ingénieur territorial) voit l’urbaniste comme un « militant du territoire ». Rien ne se fait passivement. Aimant la ville, son rôle est d’apporter son expertise, ses compétences aux élus afin de permettre la mise en œuvre de projets de plus en plus complexes.
Philippe SCHMIT, chargé des questions d’urbanisme à l’Assemblée des Communautés de France (AdCF) souligne quant à lui la nécessité de « prendre le maximum de hauteur » et « de faire jouer la transversalité du métier » dans un contexte où les pays et les projets de territoires acquièrent de l’importance. « Il s’agit non pas d’entretenir une relation avec une spécialité du territoire mais avec le territoire ». Cette approche pluridisciplinaire fait la richesse du métier et témoigne d’une curiosité et d’une grande culture générale, qualités appréciées par les employeurs.
A l’heure de graves difficultés économiques, le renouvellement des générations annonce néanmoins un avenir encourageant pour les jeunes urbanistes. « L’impact ne sera pas aussi profond que ne le suggère la situation actuelle pour la profession » précise Michel CARMONA, Directeur de l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement de l’Université Paris IV Sorbonne. La réorganisation territoriale entraînera sans doute une forte demande de personnes compétentes en la matière notamment dans les communautés.
Philippe SCHMIT (AdCF) a souligné notamment le besoin d’avoir des « assembliers » capables de faire vivre la territorialité de l’aménagement et des projets notamment dans la perspective de mise en œuvre de PLU communautaires, encouragés par les futures loi sur le Grenelle de l’Environnement.
Néanmoins, la profession souffre encore d’un manque de lisibilité sur le marché du travail. Notons que le pôle emploi (ex ANPE /UNEDIC) ne dispose toujours pas de code NAF dédié au métier, facilitant l’insertion des jeunes diplômés sur le marché du travail. S’y ajoute l’absence d’outil permettant d’identifier l’ensemble des urbanistes, de convention collective spécifique et de formation continue, dispositif indispensable tout au long d’un parcours professionnel. De même, ce sont encore les logiques de statut, comme celui d’Ingénieur territorial, qui prévalent sur les logiques de métiers au sein des collectivités locales (des logiques statutaires qui se recoupent d’ailleurs souvent avec des logiques strictement corportatistes...). A quand un statut d’"Urbaniste territorial" au sein de la fonction publique territoriale ?
Certes, comme le rappelle Anne BOUCHE FLORIN, des démarches ont été réalisées à l’instar de critères élaborés par l’Office Professionnel de Qualification des Urbanistes (OPQU), donnant droit à l’obtention de la qualification urbaniste. Toutefois, celle-ci ne concerne qu’une minorité de professionnels (600 certifiés) alors qu’on estime 8000 à 10000 urbanistes en France (dont 3000 anciens de l’IUP) et reste bien souvent méconnue par les étudiants et les jeunes diplômés.
Ainsi, la profession reste à organiser. Face à la diversité des champs d’activités du métier, l’enjeu est d’identifier l’ensemble des urbanistes en ayant un véritable outil de veille stratégique.
Michel CARMONA, Directeur de l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement de l’Université Paris IV Sorbonne, invite à une généralisation de ces démarches associatives afin de renforcer le débat sur le métier d’urbaniste. Il considère que « le réseau dans le domaine est essentiel » pour les étudiants et passe par des animations et des rencontres de ce type, ainsi que par des mises à jour des annuaires professionnels, à l’instar de celui crée récemment par l’association Urba +.
En outre, l’organisation de forum de métiers au sein de chaque Institut d’urbanisme peut être une occasion de favoriser les échanges entre le monde professionnel et celui de la formation.
La création de la première Junior Entreprise Site et Espaces à l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement de l’Université Paris IV Sorbonne illustre un rapprochement entre l’enseignement et la profession. Assimilé à un bureau d’étude, une équipe de 17 étudiants traitent de thématiques variées (logement, déplacement..) en élaborant des diagnostiques territoriaux pour le compte de collectivités locales. Comme le souligne Halima RHAOUI, Présidente de la Junior Entreprise, ce type de partenariat vise les étudiants « à devenir des acteurs du territoire ».
Nous ayant fait l’honneur de sa présence, Bernard SAINT GIRONS, délégué interministériel à l’orientation, a clôturé cette manifestation en soulignant sa satisfaction et le rôle indispensable des associations d’étudiants et de diplômés pour faire connaître le métier auprès des lycéens et d’autres étudiants. Le « campagnonnage » est la meilleure façon de communiquer, de se faire une idée sur ce métier aux multiples facettes.
Par ailleurs, même si le diplôme apporte un socle de connaissances générales et d’éléments permettant de traduire un savoir-faire, il n’en demeure pas moins que « la formation tout au long de la vie est un élément de sécurisation des parcours, un moyen de gérer des transitions professionnelles choisies ou imposées. Tout ne se joue pas avec le diplôme. Il y a des compétences à valoriser ».
Au final, Jean-Pierre GAUTRY, Président de la SFU s’est engagé à travailler sur une réflexion autour de la mise en place d’accords de branche professionnelles, mais aussi au développement d’initiatives du type Forums des métiers au cours de la rentrée dans chaque institut d’urbanisme ainsi qu’au resserrement du lien avec les associations de diplômés.

Les jeunes urbanistes et la profession : un rendez-vous à ne pas manquer, tribune de Dominique Musslin et d’Olivier Crépin parue dans la revue Urbanisme. > http://www.urbanisme.fr/issue/report.php ?code=364&code_menu=118 Lire la prise de position.
Renseignements : jeunesurbanistes.sfu@gmail.com
Pour télécharger le programme, cliquez ici