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Nantes : la renaissance d’une île entre le ciel et l’eau

En face du centre-ville, sur l’Ile de Nantes (Loire-Atlantique), un nouveau quartier se développe, par petites touches sur un territoire de 350 hectares. "Si l’on veut faire de la mixité, il faut commencer par se mélanger à ce qui existait avant et ne pas faire table rase du passé.", explique Alexandre Chemetoff. Urbaniste du projet, il ne parle jamais de programme, ni de milliers de m2.

Il préfère expliquer pourquoi le Centre hospitalier universitaire (CHU) peut redéployer ses services sans s’exiler en périphérie ; comment le centre commercial, une fois rénové et agrandi, pourra s’ouvrir sur la ville ; pourquoi il a fallu démolir le Tripode - immeuble vérolé par l’amiante. Il détaille l’idée d’Euro-Nantes, un centre de congrès, des entreprises et 200 logements, qui trouveront place autour d’un bassin. Même si toute une partie de l’Île est en friche depuis la fermeture des chantiers navals en 1986, il insiste sur la manière dont les nouveaux projets peuvent se glisser, discrètement, dans un tissu habité par 13 000 personnes, et s’interroge sur la manière de rendre à ses habitants la vue sur la Loire... Avec la Samoa, la société d’économie mixte (SEM) responsable du projet, et la Ville qui le soutient fermement, il a conçu un "plan-guide", en perpétuelle évolution. Il permet d’intégrer les initiatives de propriétaires privés et de gérer au fil du temps de nouveaux développements sur cet immense territoire.

Personne ne peut dire exactement à quoi ressemblera l’Ile dans dix ans. Le journal Ouest-France est venu s’y installer, drainant dans son sillage d’autres médias. Des télévisions et des radios locales ont créé un mini pôle sur l’ancien site d’Alstom. Des sociétés de services s’agglutinent autour.

L’activité culturelle bouillonnante de la ville peut aussi réserver des surprises... " Cette souplesse ne nous empêche pas d’avancer, au contraire, car le plan-guide est flexible", affirme Laurent Théry, directeur de la Samoa. Bien obligé de parler chiffres, il ajoute : " Les choses se font assez vite, nous avons déjà entamé plus de 300 000 m2 de constructions sur un million prévu."

Il y a cinq ans, personne n’aurait parié sur ce territoire de faubourgs, passage vers le sud de l’agglomération, simple étape entre deux ponts, déjà urbanisée d’un côté, aux sols pollués de l’autre. "Et pourtant quel site !, s’enthousiasme Patrick Rimbert, adjoint au maire de Nantes (Jean-Marc Ayrault, PS) chargé de l’urbanisme. Situé juste en face du centre historique, il y a de la place pour accueillir ceux qui ne peuvent plus vivre en centre-ville et qui sont tentés par la périphérie, moins dense et surtout moins chère."

Les premiers immeubles de logements de l’opération "Habiter les quais" seront bientôt livrés. Celui que l’architecte Hervé Beaudouin a dessiné pour le promoteur ADI, offre d’immenses espaces extérieurs : les terrasses multiplient presque par deux les surfaces habitables, un confort introuvable sur l’autre rive. Ces logements se vendent bien, jusqu’à 3 500 euros le m2, ce qui reste nettement en deçà du prix des logements les plus prisés du centre. " Nous sommes en concurrence avec d’autres secteurs, car Nantes a lancé plusieurs grandes opérations en même temps. Ici, il faut que nous proposions autre chose", précise Patrick Fontaine. Il a monté sa société ADI en 2000 et en est déjà à son troisième projet sur l’Ile.

Si le parti choisi est contemporain, il est respectueux des traces laissées par le passé nautique et industriel, aussi bien dans l’architecture que dans l’espace public. Les grandes grues de levage resteront, mais de petits bâtiments qui apparemment ne présentent aucun intérêt, aussi. " Ce n’est pas à nous de décider, sauf pour des raisons fonctionnelles parfois, que telle ou telle construction doit sauter, souligne Alexandre Chemetoff. Car cela n’a aucune importance à l’échelle de la ville. Elle se construit dans la confrontation des époques." Pour l’instant, le plan-guide parvient à naviguer sans heurter l’existant et sans le démolir.

Article extrait du journal Le Monde du 19 mars 2007

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