Chaque année, sont organisés dans le cadre du réseau PlaNet : un congrès annuel estival et une rencontre hivernale aux environs du nouvel an. Ces évènements prennent place dans différentes villes d’Europe et leur programme intègre en général le contexte local.
Ainsi, l’été dernier, le 10ème congrès annuel s’est tenu à Paris et avait pour thème la ségrégation urbaine. Après que quelques éléments de cadrage ont été fournis, des visites de quartiers en difficulté ont été organisées, afin que les participants se fassent une idée du contexte des émeutes de 2005. Une série de conférences a par ailleurs permis de nourrir la réflexion sur les actions possibles en vue de remédier à ce problème.
Pour le réveillon dernier, le lieu de rencontre était Belfast, principale ville d’Irlande du Nord. Une quinzaine de participants, venant de Pologne, d’Allemagne, des Pays Bas et de France étaient présents. Nous étions par ailleurs accompagnés de deux étudiants irlandais, qui avaient tout mis en œuvre pour que notre séjour soit le plus agréable possible (hébergement, programme, sorties…).
Les premiers jours furent consacrés à la découverte du centre-ville de Belfast, caractérisé par son architecture victorienne, ses rues commerçantes, ses nombreux pubs et restaurants… C’est donc une belle ville, semblable à nombre de métropoles européennes, qui s’est tout d’abord révélée à nous. Nous nous sommes ensuite intéressés aux aspects plus particulièrement en lien avec le thème de cette rencontre : l’urbanisme dans les zones contestées.
En effet, l’histoire de Belfast a été fréquemment marquée par des oppositions violentes entre les deux fortes communautés se partageant le territoire de la ville : les catholiques républicains (initialement minoritaires) et les protestants unionistes. Un tour à travers les quartiers catholiques et protestants, commenté par un professeur de la Queen’s University, nous a permis de voir à quel point ce clivage s’est cristallisé dans l’aménagement de la ville. Ainsi, ces quartiers sont séparés par d’immenses murs, appelés « peacelines », qui créent de véritables no man’s land. Cette volonté de délimiter le territoire de chaque communauté trouve son paroxysme dans un parc qui se voit coupé en deux par un mur. Dans les quartiers catholiques, les nombreuses peintures murales rappellent la présence récente des forces paramilitaires et l’ambiance tendue qui y régnait.
Mais la situation a bien évolué depuis. Belfast, qui reposait principalement sur son activité portuaire (c’est dans ce port que le Titanic a été construit), en déclin, a réussi avec succès sa reconversion. Les berges du Lagan et le port ont été transformés en un quartier moderne, qui accueille de nombreuses activités et symbolise le renouveau de cette ville, longtemps marquée par ses difficultés économiques et socioculturelles, mais qui connaît actuellement une très forte croissance. Le développement social et démographique qui en résulte ne touche cependant pas de la même manière les différentes couches de la population et communautés. Une présentation d’un autre professeur de la Queen’s University a ainsi mis en exergue les grands enjeux que cette évolution pose en matière d’urbanisme.
Ce séjour à Belfast a aussi été l’occasion de découvrir les côtes sauvages de l’Irlande du Nord, la Chaussée des Géants (formation volcanique classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO) et les Irlandais, qui sont des gens chaleureux et pleins d’humour, notamment après quelques pintes de Guinness.
Jeanne
Pour plus d’informations sur PlaNet :
http://www.planningnetwork.org/
PS : Les activités de PlaNet sont particulièrement en phase avec l’actualité. Le Monde, par exemple, vient de publier une série d’articles traitant des problèmes politiques et sociaux en Irlande du Nord et notamment à Belfast.
Des élections pour la paix :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-879563@51-627461,0.html
En Irlande du Nord, des écoles jouent la carte de l’intégration :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-880080@51-627461,0.html
Si vous vous intéressez aux "peacelines" et à leur impact sur l’urbanisme, je vous encourage à consulter la thèse de Florine Ballif, doctorante à l’IUP, en ligne à l’adresse suivante :
http://www.univ-paris12.fr/1134580045929/0/fiche_6000A__article/
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